Interview de Pierre Lévy, directeur du master EMAM

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–          Comment et pourquoi le master “Economie et Gestion de la Santé” va-t-il évoluer à partir de la rentrée 2014?

Il y a deux facteurs d’explication à cette évolution. D’un côté, nous voulons nous inscrire dans la  tendance de fond qui conduit à accroître la professionnalisation des études. Que ce soit du côté des employeurs ou des étudiants, on note de façon évidente une demande de parcours de formation avec des débouchés professionnels plus clairs qu’auparavant. Dans notre domaine, cette tendance est accentuée par le nouveau décret n°2012-1116 du 2 Octobre 2012 relatif aux missions médico-économiques de la HAS. Il nous a donc semblé important de re-centrer le parcours autour du market access au détriment de la gestion hospitalière par exemple, et d’afficher clairement les métiers sur lesquels peut déboucher la formation.

D’un autre côté, une réforme nationale de la déclinaison des masters nous amène effectivement à faire évoluer l’intitulé de la formation. On a gardé la notion de familles de masters portant sur des sujets proches. Ces masters sont regroupés sous une mention commune. Avant la réforme, chaque université était libre de choisir les intitulés de mentions, et notre master s’inscrivait dans la mention « Economie de la santé et des politiques sociales » dont il constituait une spécialité avec l’intitulé « Economie et gestion de la santé ».

Dorénavant, les intitulés de mention sont déterminés par le ministère de l’enseignement supérieur, qui est devenu pour nous «  Economie et gestion de la santé », ce qui nous oblige à prendre un autre intitulé pour notre formation qui en est une des déclinaisons. Par ailleurs on ne parle plus de spécialités de master pour caractériser ces déclinaisons mais de parcours. Il s’agit donc à partir de la rentrée 2014 du parcours « évaluation médico-économique et accès au marché » (EMAM).

–          Quelles sont les nouveautés du parcours EMAM ?

Le but de ce parcours est de proposer une formation spécifique permettant aux diplômés d’accéder aux nombreux emplois relatifs au market access.

La première nouveauté, c’est l’ouverture du master à la formation continue, suite à la demande de la part des professionnels. Il y aura donc 3 statuts d’étudiants : formation initiale, apprentissage et formation continue (répartis de la manière suivante: 15-20 apprentis, une dizaine d’étudiants en formation initiale qui ne peuvent pas (les internes) ou ne veulent pas être apprentis, une dizaine de  professionnels en formation continue)

La deuxième nouveauté, c’est la rénovation du contenu pédagogique. Certains enseignements comme « Gestion hospitalière » ou « Introduction à la gestion » seront remplacés par d’autres cours : « Market access and life-cycle management » et « Système de santé et régulation de l’accès au marché ».

D’autres cours sont amenés à évoluer : le cours de « Recherche documentaire et analyse de la littérature » sera plus centré sur le market access, la lecture critique d’articles médico-économiques ; le cours « Systèmes d’information en santé » est modifié de sorte à inclure une partie important sur les bases de données utiles (SNIIRAM, EGB, PMSI) et devient « Système d’information et bases de données en santé ».

–          Quels sont les débouchés visés par chacun des deux parcours « Evaluation médico-éco » et « Expertise économique »?

Il est vrai que ces 2 parcours font appel à des sensibilités, des compétences et des métiers assez différents.

En étant un peu caricatural, je dirai que :

-Le parcours « Evaluation médico-économique et accès au marché » vise plus un profil de pharmaciens pour des postes de Market Access dans des laboratoires, des agences ou des entreprises de conseil. Mais il vise aussi un profil d’économistes-statisticiens capables de développer des modèles et de maîtriser des méthodes statistiques de plus en plus sophistiquées.

-Le parcours « Expertise économique des questions de santé » (Master Recherche) est davantage orienté vers des postes d’économistes qui peuvent être chargés d’études dans différents types d’institutions (ministère de la santé, assurance maladie, ARS, cabinets de conseil) ou qui se destinent à des carrières académiques dans l’enseignement supérieur et la recherche (IRDES, DRESS..) qui supposent une poursuite en thèse.

Bien sûr, les parcours ne sont pas cloisonnés et il est possible de prendre des options à l’extérieur de son parcours pour faire un master « à la carte ». De même, il est tout à fait possible de poursuivre en thèse à l’issue du parcours EMAM.

–          Quel profil d’étudiants recherchez-vous ?

Chaque année, nous nous attachons à promouvoir la diversité des profils des étudiants recrutés. Certains d’entre eux ont une formation en sciences sociales et humaines (économie, gestion,…). D’autres sont issus du milieu de la santé (internes de médecine en santé publique, étudiants en pharmacie filière industrie et plus récemment internes de pharmacie) ; d’autres sont issus de filières sélectives (école de commerce, ENS, IEP). Des profils plus atypiques comme celui d’ingénieur biomédical sont aussi très prisés.

NB : Pour information, la promotion 2013-2014 (Master 4210 Pro formation initiale) regroupe 34 étudiants au total, répartis ainsi :

20 étudiants en pharmacie filière industrie

6 M1 éco

5 internes de pharma

2 internes de Santé Publique

1 bio

–          Comment s’effectue la sélection ?

Il y a tout d’abord une première sélection sur dossiers, puis un entretien avec des membres de l’équipe pédagogique.

La sélection des apprentis se fait en partenariat avec le LEEM apprentissage.

A l’issue de la sélection, nous établissons une liste principale d’admissions, mais aussi une liste complémentaire, en cas de désistement.

Pour l’année 2013-2014, nous avons reçus 180 dossiers et sélectionné 90 candidats pour les entretiens pour finalement ne retenir que 34 étudiants.

–          Qu’attendez-vous des entretiens ?

J’attends qu’on me démontre la cohérence de la candidature par rapport à un besoin de formation dans le cadre d’un projet professionnel. Le candidat doit être capable de développer et d’argumenter sur le sujet. S’il n’est pas besoin d’avoir des connaissances étendues, il est préférable pour les candidats d’avoir une idée assez précise de leurs attentes en matière de formation, et qu’elles correspondent à ce que peut proposer le parcours EMAM.

–          Avez-vous des demandes de candidats à l’étranger ?

En moyenne, environ 20% des candidatures viennent de l’étranger.  Mais, la formation étant exclusivement en français, cela limite les candidatures étrangères à l’univers francophone. Mais l’une des tendances est de s’ouvrir à l’international, dans le recrutement des étudiants comme dans le  contenu de la formation.

On note aussi que de plus en plus de candidatures émanent d’étudiants français en stage à l’étranger au moment de la sélection. Comme pour les candidats étrangers, les entretiens téléphoniques sont possibles au cas par cas.

Faire son stage à l’étranger est plus compliqué sachant que l’étudiant doit être en France 2 jours par semaine d’octobre à fin mai de l’année universitaire. Cela a été le cas pour un étudiant qui a fait son stage en Suède, parce qu’il a été possible d’adapter la conduite du stage avec l’entreprise d’accueil.

–          Quel a été votre parcours ?

J’ai fait une Maitrise d’économétrie à Dauphine, puis un 3e cycle (5e année et thèse) à Paris 1 en macroéconomie. En parallèle de ma thèse, j’étais chargé d’enseignement à Dauphine. Après un premier poste de Maître de Conférences à l’ENS Cachan, je suis revenu à Dauphine, en m’orientant progressivement vers l’économie de la santé. J’ai rejoint l’équipe du LEGOS et je fais équipe avec Claude Le Pen depuis le début des années 2000 pour la direction du master. Ma reconversion en économie de la santé est profilée vers l’évaluation médico-économique.

–          Un bon souvenir ?

Le premier voyage pédagogique à l’Université de Leeds avec la promotion 2012-2013 (en juin 2013). Ce fut un voyage sans fausse note, très intéressant et très convivial.

          Une belle réussite ?

La transition qui s’opère déjà depuis 2 promotions et  qui se manifeste notamment par la renaissance de l’ADES. Cela correspond à un nouveau profil d’étudiants. C’est plutôt étonnant mais très agréable pour l’enseignant et le Directeur d’interagir avec des étudiants plus actifs, moins consommateurs d’un cours ou d’un diplôme et plus acteurs de leur formation. C’est une évolution majeure qui montre des rapports moins hiérarchiques et asymétriques entre enseignants et étudiants.

–          Une grande difficulté ?

Il est vrai qu’on rencontre une difficulté à internationaliser le cursus, notamment parce qu’il ne dure qu’un an, et parce les systèmes de santé sont assez différents d’un pays à l’autre.

Par ailleurs, il est difficile de rester en contact avec les anciens du master. Du côté des étudiants, je pense que le sentiment d’appartenance est  réduit dans la mesure où ils se retrouvent ensemble seulement  pendant un an à raison de 2 jours par semaine.

Dans une moindre mesure, il est assez difficile pour les universités de faire participer à l’enseignement des professionnels de bon niveau. Mais c’est moins vrai à Dauphine en général, qui a une longue tradition de partenariat avec les milieux professionnels, et pour le master en particulier du fait de sa visibilité. Mais il n’est pas toujours facile d’organiser leur participation à l’enseignement avec ses exigences particulières (un horaire fixe, un plan de cours, une disponibilité prévue à l’avance).

–          Quelle est votre vision du master dans 10 ans ?

Ce serait une formation totalement dispensée en anglais avec une possibilité de le faire à distance. Il serait également très enrichissant d’accroitre le partenariat avec des universités européennes, et donc créer un formidable réseau entre formations spécialisées dans l’évaluation écoonmique des stratégies de santé.

Mais se pose tout de même la question de la fédération parisienne des formations en économie de la santé, qui sont éclatées et donc pas propices à l’identification d’un pôle. On peut rêver d’une « Paris school of health economics ». Et parfois, les rêves se réalisent !

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