Retour sur la Table Ronde Financement de l’Innovation du 14 avril 2015

Le 14 avril dernier, l’ADES organisait une table ronde sur « le financement de l’innovation : médicaments et dispositifs médicaux ». Cette conférence, animée par Pierre LEVY (directeur du Master EMAM), a réuni autour de la table Eric BASEILHAC (directeur des affaires économiques du LEEM), Thierry DEMERENS (département des produits de santé de la CNAMTS), Claude LE PEN (professeur d’économie de la santé à l’université Paris Dauphine), et François-Régis MOULINES (directeur des affaires gouvernementales du SNITEM).

Partenaires : AbbVie, Prioritis, Cemka Eval, Stratégique Santé, Pharmaceutiques

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« L’innovation thérapeutique est de retour »

Selon Claude Le Pen, il y a des éléments d’espoir dans l’innovation, comme l’extraordinaire dynamique des prix, l’arrivée des biosimilaires, et la généralisation de ces thérapies d’ici 2018-2019. Mais ces innovations amènent aussi des tensions sur le médicament dans le monde entier.

Pour Eric Baseilhac, l’’innovation thérapeutique est de retour.En opposition aux « blockbusters » et « niche busters », on parle de « budget buster » : molécules pour lesquelles la fréquence de mise sur le marché est accélérée et dont les populations cibles sont larges, avec un fort impact budgétaire.

 

Quid des dispositifs médicaux ?

François-Régis Moulines et Claude Le Pen soulignent les particularités du secteur des dispositifs médicaux : des produits qui dépendent d’actes médicaux, dont le cycle d’innovation est court, et fabriqués par des PME souvent mono-produits. Une approchespécifique peut s’avérer nécessaire sur le plan méthodologique en termes d’évaluation clinique (population-cible restreinte, randomisation parfois impossible, produits opérateurs dépendants avec un impact de l’opérateur dans leur évaluation, …). L’impact sociétal des dispositifs médicaux n’est par ailleurs pas suffisamment reconnu.

François-Régis Moulines présente le « forfait innovation », une prise en charge dérogatoire d’un dispositif médical innovant, mais seulement deux ont été accordés depuis 2009. Il insiste également sur le fait que l’innovation ne coûte pas forcément plus cher, et que les délais d’accès au marché sont trop longs.

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Quel modèle économique pour l’innovation ?

D’après Thierry Desmerens, Sovaldi® pose la question de l’anticipation de l’arrivée de ces innovations. Il considère cependant les traitements successifs de l’hépatite C comme une rupture face au prix demandé et non comme une innovation de rupture elle-même. Selon une étude, les industriels s’appuieraient sur trois facteurs pour définir le prix des médicaments : le « Reference Pricing », la disposition à payer, et la rentabilité des laboratoires. Selon lui, la ”hausse des prix traduit une baisse des rémunérations liée aux génériques”. Il dénonce la distorsion entre le « prix facial » et le « prix remisé » des laboratoires, et appelle à plus de transparence.

Eric Baseilhac répond que les remises ne cherchent pas à cacher un prix mais à sécuriser une population cible et assurer une « garantie » à la prise de risque du payeur. Il évoque le passage de l’époque du « Value Based Medicine » à celle du « Fair pricing » : le prix doit être rationnel, il doit être fixé sur la valeur ajoutée. Il présente également le principe de remises glissantes : un remboursement au laboratoire en cas d’économies générées par le médicament dans le système de soins.

Selon Claude Le Pen, le système français promeut le « juste prix » par consentement (la disposition à payer) mais les médecins et les médias défendent le juste prix par le contenu (coût de revient et effet thérapeutique). Il rappelle que les prix des médicaments en France ont baissé suite aux mesures des PLFSS.

Pour François-Régis Moulines, il ne faut pas avoir une règle commune pour tous les produits de santé, et les mêmes règles ne peuvent être appliquées aux dispositifs médicaux et aux médicaments. D’après lui, les axes d’amélioration sont notamment la simplification des procédures, la diminution des délais pour tarifer un produit ou un acte (il rappelle que les demandes d’évaluation d’un acte par la HAS ne peuvent être faites par un industriel) ainsi qu’une meilleure reconnaissance de l’impact sociétal des dispositifs médicaux. La mise en place d’un mécanisme de type taux « k » n’est pas applicable à ce secteur (il précise notamment que le coût incrémental de production d’un dispositif médical n’est pas marginal).

 

Quel prix pour l’innovation ?

Chaque intervenant s’accorde sur le fait que le prix de l’innovation doit assurer la pérennité du système et garantir l’accès aux soins.

Pour cela, Eric Baseilhac et François-Régis Moulines mettent en avant l’impact de l’innovation sur l’organisation des soins et les coûts évités. Pour les industriels du médicament, il faudrait pouvoir réguler le prix du médicament sur un horizon temporel pluriannuel, et abolir le principe d’enveloppe.

Claude Le Pen souligne cependant que le taux w a permis à la France d’accéder au Sovaldi. Il pose ainsi la question de l’évaluation économique : le problème est de savoir ce que l’on fait de cet outil.

Thierry Demerens indique qu’elle est utilisée par le CEPS, notamment pour préciser les modalités contractuelles, et souligne d’ailleurs la volonté de la CNAM d’aller vers « plus de CEESP ».

 

L’ADES remercie les intervenants et tous les participants de cette table ronde! Nous espérons vous voir aussi nombreux lors de la prochaine table ronde, en octobre prochain!